Iguane, chien et gendarme - lebergerallemand.fr

Iguane, chien et gendarme

Iguane est un jeune chien de piste attaché avec son maître au Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Hoymille. En six mois de carrière, il s’est déjà distingué. Ce qui suit est une traduction des propos qu’il aurait pu tenir...

Bonjour, Iguane. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis un bâtard de deux ans, mi-berger allemand, mi-malinois. Papa était un berger allemand fort en gueule, et maman une malinoise dégourdie... ou l’inverse. Mes fonctions dans la gendarmerie ont pas mal d’avantages : j’ai un chenil de fonction et la sécurité de l’emploi pour la dizaine d’années à venir. Quand je serai trop vieux pour courir après les méchants, je ferai valoir ma cotisation croquettes et je me retirerai dans une famille d’accueil... 
Mais d’ici-là, je compte bien voir du pays ! (il bondit un peu partout, langue au vent)

Tu m’as l’air bien excité, Iguane ! Tu n’as pas le devoir de réserve du gendarme ?

Si. (Il baisse les oreilles, l’air honteux) C’est juste que j’ai passé la matinée à l’arrière de la Kangoo, je n’ai rien eu à renifler depuis six heures, à part la roue de secours, dont j’ai fait le tour... Alors je suis un peu à cran. Arf !

iguane chien gendarme

Depuis combien de temps es-tu en service dans la gendarmerie ?

J’ai terminé ma formation en décembre dernier. Je suis spécialisé dans la recherche des personnes. Ça peut aller de la fugue d’ado aux terroristes en fuite, en passant par les suicidaires... D’ailleurs, j’étais à peine entré en fonctions que mon maître-chien Mickaël et moi, on a été appelés pour se joindre à la poursuite des frères Kouachi, dans l’Oise. Mais on est restés en réserve, il y avait déjà toute une meute de collègues sur leur piste.

Tu n’as donc pas senti les frères Kouachi ?

Non, et honnêtement, c’est pas dommage. J’imagine qu’ils sentaient la poudre et le fanatisme, deux odeurs qui m’irritent la truffe. Surtout au mois de janvier, j’aurais choppé un rhume.

Ou pire...

C’est sûr, j’aurais pu me prendre une rafale de Kalachnikov. Faut dire qu’ils n’aimaient pas les forces de l’ordre et ils n’aimaient pas les chiens non plus. S’ils m’avaient pris, j’aurais été doublement coupable à leurs yeux ! (Il renifle, l’air soucieux) Heureusement, je ne dessine pas, même s’il m’arrive de mâchouiller de vieux crayons à papier...

Tu n’aurais pas senti le danger ?

Pas sûr. Quand je suis sur une piste, c’est la transe. Plus rien n’existe à part cette odeur qu’il faut suivre et démêler parmi des milliers d’autres. Truffe et yeux au ras du sol, j’avance aveugle au monde qui m’entoure. Et je suis la piste, mais je n’ai pas d’idée précise de la distance à laquelle se trouve la source de l’odeur. J’aurais pu traquer les Kouachi jusqu’au bout de leurs fusils... C’est pour ça que quand on fait des missions de recherche, avec Mickaël, on est toujours suivis de près par d’autres gendarmes qui, eux, gardent une vue d’ensemble sur ce qui nous entoure. D’ailleurs, pour des cas comme les frères Kouachi, c’est carrément les malabars du GIGN qui nous couvrent...

Il y a une affaire dont tu es particulièrement fier ?

Ah, mon premier fait d’armes, c’est d’avoir retrouvé cette habitante de Ham-en-Artois, il y a un mois ou deux. (il se mordille le gras de la cuisse, l’air content de lui) Elle avait disparu le matin en menaçant de se suicider. Avec Mickaël, on est arrivés chez la dame, et il m’a fait renifler un peigne avec ses cheveux et un de ses soutien-gorge... Ça sentait le désespoir et le crémant, une odeur très particulière. On est partis de l’épicerie où la dame a été vue pour la dernière fois. Et là, « paf », ou plutôt « pif », je reconnais l’odeur illico ! J’ai traîné Mickaël sur 350 mètres, jusqu’à une maison inhabitée, à deux pas de la voie ferrée. C’était logique, hein, elle avait déjà menacé de se jeter sous un train. J’ai su que j’étais bien parti quand j’ai croisé la première bouteille de crémant. Alors j’ai continué. La dame était en train de boire derrière une haie, elle attendait qu’un train de marchandises arrive. Pendant que les secours la prenaient en charge, Mickaël m’a laissé jouer avec le boudin d’excitation, pour me récompenser. Boudin ! (Il bave un peu)

À l’inverse, un échec dont tu ne t’es pas remis ?

(Il se calme) Oui, une sale affaire, sur Lille-Fives. Deux gamins avaient disparu, mais le temps qu’on arrive sur place, il s’était déjà écoulé dix heures depuis leur dernier contact. Dix heures, c’est beaucoup. Dans l’idéal, je travaille six à huit heures maximum après la disparition. Alors dès le début, j’ai senti que ça allait mal se passer. L’odeur était infime, la piste était traître. Et puis, c’était en milieu urbain : il y a des saloperies partout, « on se met du parasite plein la truffe », comme on dit dans le métier. Et le goudron pue tellement fort qu’il ne conserve pas beaucoup les autres odeurs. Ah, donnez-moi un beau champ d’herbes hautes avec la rosée du matin, et je vous suit une piste jusqu’au bout du monde...

Tu as des modèles, une source d’inspiration, dans ton travail ?

Ah, ça, il faut reconnaître que les collègues saint-hubert, ils ont un sacré pedigree. On les appelle « les rolls des chiens de piste », c’est vous dire. Ils sont spécialisés dans les affaires criminelles. Il n’y a pas si longtemps, ils ont réussi à marquer l’emplacement d’un cadavre enterré sous une dalle de béton, dans un jardin de banlieue. La classe. À ce stade, c’est plus des truffes qu’ils ont, c’est des têtes chercheuses !

iguane chien gendarme

Tu as déjà mordu ?

Houlà, non ! Vous n’imaginez pas comment la réglementation est pointilleuse là-dessus. Fini la belle époque où on pouvait taquiner les mollets des fuyards ! Aujourd’hui, nos crocs, c’est l’équivalent d’une arme de service. T’as intérêt à avoir tout essayé avant, les sommations, la dissuasion... Et tu ne mords qu’en cas de légitime défense, si tout le reste à échoué... Mais en même temps, je comprends que je sois très encadré. Vous pouvez demander à mes baballes, au boudin, ou à ce qu’il en reste : mes morsures sont du genre douloureuses !

Tu t’es déjà retrouvé en danger ?

Il y a eu une fois où c’est pas passé loin, à l’entrée du camp de migrants de Téteghem. On patrouillait dans la Kangoo avec Mickaël, quand on a entendu que des collègues étaient en difficulté à l’entrée du camp. Apparemment, ils essayaient d’arrêter un passeur, mais les migrants devenaient agressifs. Tout de suite, j’ai senti l’adrénaline monter, je me suis mis à aboyer (il aboie). Quand on est arrivés, on a vu les collègues en mauvaise posture. Il devait bien y avoir vingt migrants, peut-être trente, qui s’approchaient avec des barres de fer et en lançant des pierres. Mickaël, il a rien eu à me dire : je me suis posté à l’entrée, et j’ai pris mon air féroce (il montre les crocs et hérisse ses poils). Ça a marché ! L’instant d’avant, les migrants, ils avançaient, mais face à moi, ils ne faisaient pas les malins. C’est comme ça qu’on a pu boucler l’arrestation et repartir sans plus de violences. J’en aurais bien mordu un ou deux, pour le principe, mais Mickaël ne voulait pas d’ennuis... Et j’ai pu mordre le boudin !

Source lejournaldesflandres.fr

 

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