Le cancer d'Alice, le combat de Suzanne - lebergerallemand.fr

Le cancer d'Alice, le combat de Suzanne

Suzanne Berthiaume n'est pas différente des autres parents qui décrocheraient la lune pour leur enfant. À en juger par le coup de langue d'Alice sur le visage de sa maman humaine, la femelle berger allemand n'en a jamais douté. Suzanne et Alice sont unies pour la vie et la vie, ça n'a pas de prix.

Alice, quatre ans, est en rémission d'un cancer, un «lymphome lymphoblastique multicentrique de haut grade», peut-on lire sur le rapport médical émis par le département d'oncologie de l'hôpital vétérinaire de l'Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe. C'est Suzanne Berthiaume qui, la première, a senti des masses au niveau du cou de son chien. Le lendemain, la résidente du secteur Mékinac en découvrait des nouvelles près des mamelles. Inquiète, elle a consulté son vétérinaire de Shawinigan qui en a détecté à son tour. Le temps de procéder à une analyse complète et la mauvaise nouvelle a frappé. Alice avait un cancer.

«Une grosse claque sur la gueule», illustre Mme Berthiaume qui a adopté son berger allemand à la Société protectrice des animaux de la Mauricie. La dame était spontanément tombée sous le charme de ce jeune chien de huit mois qui présentait alors un important trouble d'anxiété. Le temps d'échanger un regard et sa nouvelle maîtresse s'engageait à aider son Alice à apprivoiser ses angoisses, et ce, à force d'amour, de travail et de patience.

Suzanne Berthiaume est la meilleure amie des animaux de compagnie. Dans une autre vie, elle était Noé. En ce moment, la dame accueille une douzaine de chats et quatre bergers allemands, dont la petite dernière à qui Mme Berthiaume a décidé de donner une nouvelle chance. Mais quelle chance! Quand le diagnostic est tombé, le cancer d'Alice avait déjà atteint le dernier stade en raison de l'étendue et de la grosseur des ganglions. Selon le premier vétérinaire consulté, Mme Berthiaume devait sérieusement envisager la prise de cortisone et les soins palliatifs pour son chien.

«Tout s'est arrêté autour de moi», raconte Mme Berthiaume qui a abordé la question d'un traitement choc tel que la chimiothérapie, mais on a répondu à la cliente qu'elle devait s'attendre à débourser jusqu'à 12 000 $...«J'étais en larmes au bout du fil», se souvient Mme Berthiaume qui a décidé de se tourner vers la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal avec son chien cancéreux et l'énergie du désespoir.

«Je me suis dit: elle ne mourra pas. Je lui avais donné une deuxième chance en allant la chercher à la SPA et elle avait seulement trois ans. Je ne pouvais pas me résigner à la laisser mourir au bout de quatre semaines, parce que c'est le temps qu'on m'avait dit qu'il lui restait à vivre», raconte Mme Berthiaume qui, il faut dire, avait devant elle une Alice aussi enjouée que d'habitude malgré la gravité de son état de santé.

D'ailleurs, Suzanne Berthiaume se défend d'avoir voulu faire de l'acharnement thérapeutique en prenant la décision de conduire son chien au département d'oncologie de l'hôpital vétérinaire universitaire de Saint-Hyacinthe, et ce, pendant sept mois, pratiquement semaine après semaine. «Le but était de stopper son cancer, le placer dans un tiroir et espérer que la clé se perde à tout jamais», décrit la dame pour reprendre les paroles encourageantes du docteur Marie-Ève Nadeau.

La spécialiste avait vu juste puisque dès le mois de janvier 2013, elle annonçait la rémission d'Alice qui a tout de même poursuivi sa chimiothérapie jusqu'à la mi-mai. La chienne berger allemand n'a pas subi d'importants effets secondaires, si on exclut la fois où elle s'est mise à muer après un traitement plus costaud que les autres. Sinon, Alice n'était pas sitôt revenue à la maison qu'elle se montrait déjà aussi espiègle avec les autres membres de sa meute. «Une vraie démone!», lui pardonne en riant Mme Berthiaume.

L'amour ne se compte pas en dollars. N'empêche, à combien s'élève finalement la facture? «Autour de 5000 $», évalue Mme Berthiaume qui ne calcule pas ici tous ses aller-retour sur l'autoroute 20, les repas sur le pouce au resto, la réorganisation de son horaire de travail, etc.

Célibataire et sans enfant, Suzanne Berthiaume sait pertinemment que des personnes ne comprendront jamais tous les sacrifices qu'elle est prête à faire pour ses petits. «Il y en a qui vont me dire qu'Alice, c'est juste un chien. Moi, je leur réponds qu'un animal, c'est un être vivant, un membre à part entière de la famille. Ce n'est pas une peluche ou une ordure que tu mets aux vidanges quand c'est terminé», proteste Suzanne. Oui, mais, quand même, 5000 $... «Ce n'est pas pire que ceux qui dépensent autant pour faire un voyage et qui reviennent avec seulement des souvenirs. Moi, mon souvenir est vivant à côté de moi», réplique Suzanne Berthiaume en regardant Alice dont la fidélité est éternelle.

Quand il y a quelque chose à faire

Le cas d'Alice n'est pas unique. Le cancer chez les animaux de compagnie a toujours existé. Il a peut-être emporté le chien qui a égayé votre enfance. Désolé, le vétérinaire avait répété à vos parents qu'il n'y avait plus rien à faire pour votre meilleur ami. La spécialité de l'oncologie au service des chiens et chats s'est beaucoup développée au Québec depuis le début des années 2000, alors que des vétérinaires sont allés se spécialiser du côté des États-Unis pour mieux revenir et intervenir.

On détecte plus rapidement les signes de cancer chez le chien, mais on ne le guérit pas plus pour autant. «Le but de la chimiothérapie est de gagner du temps et d'améliorer l'état général de l'animal», explique Julie Beaudoin, technicienne en santé animale au département d'oncologie du Centre hospitalier vétérinaire de l'Université de Montréal. Selon ses observations, moins de 10 % des chiens subissent les effets secondaires de la chimiothérapie puisque les doses des médicaments sont prévues pour les éviter le plus possible. «L'idée consiste à acheter du temps de qualité pour l'animal, pas de le rendre malade avec la chimiothérapie», assure-t-elle encore.

On ne parle pas de guérison, mais de rémission. Les signes de cancer peuvent toujours réapparaître. Alice, qui vient de passer au travers de 25 traitements échelonnés sur sept mois, ne fait pas exception et Suzanne Berthiaume a été avisée de cette éventualité.

«Pour le moment, Alice va très bien, et c'est ce qui compte», ajoute Julie Beaudoin avant de reconnaître que pour les propriétaires d'animaux malades, l'investissement est élevé en temps, en énergie et aussi en argent puisque la facture atteint rapidement les milliers de dollars. «Mais pour ces gens, voir leur chien rajeunir de cinq ans, même pour une courte période, ça vaut de l'or», souligne-t-elle.

alice

 

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