Halte aux caricatures ! Le berger allemand de lignée beauté mérite mieux.

Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, le dénigrement du berger allemand noir et feu étiqueté « lignée beauté » est presque systématique. LE seul, le "vrai" berger allemand doit être gris et issu de lignées de l’Est. On le présente comme l'athlète ultime, le survivant d'une époque révolue, tandis que son alter ego ne serait qu'un chien de canapé au physique dégradé et aux aptitudes sportives limitées.

Moi, je suis noir et feu.
Et pendant des décennies, j’ai été en première ligne, aux côtés de la police, de la gendarmerie et de l’armée.

  

En France, de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'aux années 1990, les chenils de la gendarmerie et de la police nationale étaient très majoritairement peuplés de bergers allemands classiques, à la robe noire et feu, issus de lignées d'Allemagne de l'Ouest. Leur polyvalence, leur courage et leur aptitude au mordant, combinés à une obéissance hors pair, en faisaient des auxiliaires de sécurité sans égal. Ce sont ces bergers allemands qui ont ouvert la voie aux premières unités de détection de stupéfiants et d’explosifs. Dire aujourd’hui que le berger allemand noir et feu "traditionnel" ne serait pas un “vrai” chien de travail revient à effacer plusieurs décennies de sélection fonctionnelle.

 

kiri girouille
Kiri, le premier chien détecteur de drogue en France, 1965.

 

Brigade canine Grenoble 1979
Brigade canine de Grenoble, 1979.

 Suros Jean Pierre Smolaski 19 12 1982 ParisSuros, premier chien détecteur d'explosifs en France, 1982.

 

chien douanes anti drogue 1984
École Nationale des Douanes De La Rochelle, 1984.  

 

Patrick Wissen et son chien Patton
 Patton en 2008. À son actif : 83 personnes retrouvées et 49 vies sauvées.

 

Parmi les critiques récurrentes adressées aux lignées dites « beauté », la question du dos revient systématiquement. L’impression d’une ligne de dos très plongeante provient souvent non pas de la structure réelle du chien, mais de sa présentation en exposition. En position dite “statique” ou “station”, le berger allemand est placé en appui prononcé sur son arrière-main, ce qui accentue visuellement la pente. Abstraction faite des sujets véritablement sur-angulés, cette posture contribue largement à entretenir la confusion. Lorsque l’on replace un berger allemand avec ses quatre membres perpendiculaires au sol, en station neutre, la ligne de dos apparaît souvent bien différente de l’image véhiculée en exposition. La fameuse “pente exagérée” disparaît alors dans de nombreux cas, révélant une construction plus équilibrée qu’on ne l’imaginait.

Il serait malhonnête de nier que le berger allemand issu de sélection dite « beauté » a, dans certaines lignées, perdu du terrain. La recherche d'un dos trop plongeant, d'angulations excessives et de lignées trop lourdes a effectivement fragilisé le physique de certains sujets et occasionné une séparation trop marquée entre sélection beauté et sélection travail. Mais ce phénomène reste récent à l’échelle de l’histoire de la race.

Il faut donc tordre le cou à une idée reçue tenace : posséder un berger allemand de lignée « beauté » ne signifie pas avoir un chien condamné au canapé, incapable de pratiquer un sport. Cette caricature est infondée. De nombreux bergers allemands issus de lignées exposition pratiquent avec succès l’obéissance, le pistage, le mantrailing, le canicross, l’agility, et parfois même des disciplines de mordant adaptées à leur profil. Tous les chiens n’ont pas vocation à intégrer une unité d’intervention ou à concourir au plus haut niveau international. Le sport canin ne se résume pas à l’extrême. Il est avant tout un outil d’équilibre, de stimulation mentale et de construction du binôme. La lignée oriente, mais elle ne condamne pas. Ce qui compte reste l’individu, sa santé, son mental et la cohérence du travail mis en place. Avant d'être le produit d'une lignée, un berger allemand est avant tout le reflet de ce que l'on construit avec lui.

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