Autrefois au sommet du palmarès des chiens préférés des Français en nombre d'inscriptions LOF, le Berger Allemand a peu à peu cédé sa place.
En 2025, la Société Centrale Canine (SCC) ne le classe plus qu'en 9ᵉ position avec seulement 5 614 naissances enregistrées. Cet article retrace le déclin progressif de cette race emblématique sur une décennie, explorant les raisons possibles derrière cette chute et son nouveau statut dans le paysage canin français.
L’âge d’or : une suprématie de plus de 70 ans
Le Berger Allemand a longtemps été l'archétype du chien préféré en France. Sa domination fut si longue qu'elle semblait immuable. De 1946 à 2015, il occupa sans interruption la première place du classement LOF, avec généralement plus de 10 000 inscriptions annuelles à son apogée.
Cette popularité reposait sur son image de chien robuste, intelligent et polyvalent : gardien des biens, auxiliaire des forces de police et de l'armée, mais aussi adorable compagnon de famille.
Le tournant de 2016 : la chute du roi
L'année 2016 marque un bouleversement historique. Pour la première fois en plus de sept décennies, le Berger Allemand est détrôné. Il perd sa première place au profit du Berger Belge Malinois.
Les facteurs de ce renversement sont multiples. La médiatisation du Malinois, notamment après la mort de Diesel, le chien du RAID tué lors des attentats de Paris en 2015, a généré un regain de popularité. De plus, la demande en chiens de défense a favorisé cette race, très appréciée pour ses grandes capacités d’apprentissage.
⚠️ Un triomphe à double tranchant pour le Malinois
Si le Malinois a conquis le classement, sa victoire a un revers de médaille préoccupant. Son image de chien héroïque et performant a conduit à un engouement massif et souvent inadapté.
De nombreux particuliers, séduits par la médiatisation (films, reportages sur les unités d'élite), ont acquis un Malinois sans mesurer ses besoins spécifiques : un niveau d'énergie très élevé, un besoin intense de travail mental et physique, et un caractère souvent exclusif et exigeant.
Cette inadéquation entre le profil de la race et le mode de vie de certains maîtres a une conséquence tragique : le Malinois est aujourd'hui l'une des races les plus représentées dans les refuges et les SPA.
Il rejoint ainsi le triste sort d'autres races victimes de leur succès, abandonnées lorsqu'elles deviennent trop contraignantes. Son triomphe statistique cache donc une réalité plus sombre.
Une descente continue : de 1ᵉ à 9ᵉ place en dix ans
Le déclin s'accélère après 2016. Si en 2016, il occupait encore la 1ᵉ place, il est régulièrement distancé par de nouvelles races qui montent en puissance.
- L'ascension des Bergers Australiens et des Golden Retrievers : Ces races, souvent présentées comme plus adaptées à la vie de famille, prennent l'ascendant.
- La percée du Staffordshire Bull Terrier : Le "Staffie" connaît une progression spectaculaire, avec des inscriptions multipliées par plus de 60 entre 2000 et 2016.
- Stagnation puis chute du Berger Allemand : En 2022, il se maintenait encore parmi les 5 premiers. Mais les données 2025 révèlent une nette érosion, le reléguant à la 9ᵉ place avec un chiffre d'inscriptions (5 614) très éloigné du leader (plus de 20 000 en 2022 pour le Berger Australien).
Pourquoi le Berger Allemand a-t-il perdu la faveur des Français ?
Plusieurs facteurs, à la fois culturels, médiatiques et cynotechniques, peuvent expliquer en partie l’érosion progressive de la popularité du Berger Allemand.
1️⃣ L’évolution des modes de vie et des attentes
La vie urbaine et périurbaine favorise aujourd’hui des chiens perçus comme plus « faciles » au quotidien. Moins exigeant en travail, plus tolérant à l’inactivité ponctuelle et souvent présenté comme naturellement sociable, le Berger Australien ou le Golden Retriever correspondent davantage aux attentes de nombreux foyers, parfois au détriment de races plus polyvalentes mais plus engageantes comme le Berger Allemand.
2️⃣ La confusion entre lignées et les dérives de la sélection
Le Berger Allemand souffre d’une image brouillée, née de la coexistence de lignées de travail et de lignées de beauté aux caractéristiques très différentes. À cela s’ajoutent des excès morphologiques issus de certaines orientations de sélection, qui ont pu susciter des inquiétudes quant à la santé et à la fonctionnalité de la race, contribuant à un certain désamour du public.
3️⃣ Une image moins « moderne » dans l’imaginaire collectif
Longtemps incarnation du chien utilitaire par excellence, le Berger Allemand a progressivement été éclipsé médiatiquement par le Malinois dans les unités d’élite et les représentations contemporaines du chien d’intervention. Cette perte de visibilité symbolique a affaibli son statut de référence, au profit de races perçues comme plus actuelles ou plus tendance.
4️⃣ La crainte injustifiée de l’agressivité et des grands chiens
Enfin, le Berger Allemand pâtit d’une méfiance croissante envers les chiens de grande taille, souvent assimilés à tort à des risques comportementaux. Cette peur, largement alimentée par la méconnaissance du comportement canin et des amalgames médiatiques, détourne une partie du public vers des races jugées plus rassurantes, indépendamment de la réalité du tempérament du Berger Allemand lorsqu’il est correctement sélectionné et éduqué.
Un avenir en tant que chien de niche ?
Cette baisse de popularité n'en fait pas pour autant une race en danger. Le Berger Allemand conserve des atouts indéniables : son équilibre, sa polyvalence et sa loyauté restent appréciés par des connaisseurs et des propriétaires actifs. Il se positionne de plus en plus comme le choix d'un public averti, prêt à s'investir dans son éducation et à répondre à ses besoins en exercice et stimulation mentale.
La chute du Berger Allemand dans le classement LOF est symptomatique de l'évolution des modes de vie et des attentes envers l'animal de compagnie. D'un statut de chien-roi universel, il est passé à celui d'un chien de passionnés, confronté à une rude concurrence dans un univers canin plus diversifié que jamais. Cette nouvelle position pourrait, à terme, favoriser un recentrage sur la qualité de l'élevage et la préservation de ses qualités intrinsèques, loin des effets de mode. Le triste exemple du Malinois, champion des inscriptions mais aussi des abandons, rappelle que la véritable popularité d'une race se mesure aussi à sa capacité à trouver des foyers adaptés et durables.
